• Ce livre est d'une beauté à couper le souffle. Je regrette de ne pas avoir vu toutes ces merveilles lors de cette exposition, passée totalement inaperçue. Le XVe siècle fut en Slovaquie, comme partout en Europe, un siècle flamboyant.

    D'or et de feu : L'art en Slovaquie à la fin du Moyen Age

    Dans la seconde moitié du XVe siècle, la Slovaquie connaît une prospérité sans pareille. Si, du point de vue stylistique, l'art de cette période doit beaucoup aux artistes des régions germaniques limitrophes, et notamment de Vienne, des personnalités singulières développent une création
    originale, heureusement parfaitement préservée de nos jours. Les dimensions des oeuvres sont frappantes, statues comme tableaux étant souvent plus grands que nature. Certains retables sont immenses. La polychromie, d'une extraordinaire conservation, fait chatoyer les pièces. Tout est traité avec un art du volume et de l'espace exceptionnel. Pour autant, l'art slovaque de la fin du Moyen Age demeure méconnu. Une soixantaine d'oeuvres sont réunies : sculptures mais aussi peintures, enluminures et orfèvrerie.


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  • Ojbaba, beau parleur, producteur de combines en tout genre, tour à tour voleur des recettes puis rattrapé et volé à son tour, finira par monter une compagnie de spectacle avec tous les protagonistes.
    Ambiance des pays de l’est admirablement rendue par la corruption, les pots de vins, la prudence des fonctionnaires soumis au marxisme, l’omniprésence de l’alcool et … peut-être une absence de grandeur d’âme, de générosité chez les personnages. Entre les escroqueries, des 'cauchemars' racontés sur forme de scénettes déjantées à but philosophique, le producteur de bonheur jugé par la sainte inquisition !
    Mais quelle belle écriture, quel régal, les tirades du producteur de bonheur, comme il arrive à convaincre et reconquérir ses arnaqués, et les touches humoristiques de Vladimir Minac sont excellentes !

     Le Producteur de bonheur

    S'inscrivant dans la grande tradition romanesque du couple maître et valet, ce chef-d'oeuvre de la littérature slovaque met en scène les descendants par filiation directe de Don Quichotte et Sancho Pança et de Jacques le fataliste et son maître. Voici donc, au pays de la bureaucratie et de l'économie strictement planifiée, les fantastiques et burlesques aventures de Frantisek Ojbaba, dénommé le producteur de bonheur, entrepreneur d'entreprises aussi extravagantes que peu honnêtes, et de son élève Lapidus, serveur dans les établissements de troisième catégorie et futur roi de l'île de Tobago...

    L’auteur : Vladimír Minác (1922-1996) est un des écrivains slovaques les plus importants de sa génération. Il a publié "Le Producteur de bonheur" en 1964.


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  • J'ai beaucoup aimé ce livre slovaque. J'aime tout ce qui vient de Slovaquie me direz-vous? Effectivement. Et alors? La traduction est extrêmement bien faite: pleine d'humour et de sarcasmes. La description de ce paysan plein de bon sens confronté à la superficialité des citadins est un délice. Son humour me fait penser au livre tchèque "le brave soldat Chvéïk" de Jaroslav Hašek, qui décrit également la fin d'une civilisation. Un délice!

    Je dois avouer que le début du roman ne m'avait guère enthousiasmée, et m'avait fait craindre un long moment d'ennui, mais très vite, on se retrouve embarqué dans cette satire du régime totalitaire communiste et du rêve obsessionnel de certains Slovaques de devenir riches à l'instar des Européens de l'Ouest...

    L'intrigue se déroule presque à huit-clos dans un vieil hôtel de luxe de Bratislava, L'Ambassador, dans les années 1989-1990, c-a-d entre la chute du mur de Berlin et la Révolution de velours.
    D'entrée de jeu, la stupéfaction saisit le lecteur à la découverte du fonctionnement économique communiste complètement ubuesque : non seulement,Donath , le chauffagiste, effectue le travail de ses 3 autres collègues partis depuis des années en touchant un double salaire - les 2 autres payes étant partagées entre les employés de bureau - mais il travaille dans les sous-sols de l'hôtel depuis 50 ans, sans en être sorti, se donnant sans compter pour son travail, et bien sûr cette situation semble tout à fait normale au directeur qui s'indigne même de l'ingratitude de son employé modèle quand celui-ci souhaite prendre une retraite bien méritée !!  Donáth, consciencieux jusqu'au bout, promet de trouver et former son remplaçant. Le hasard le place sur le chemin de Racz , jeune paysan fruste et buté, monté en ville en vue d'amasser assez d'argent pour épouser la fille du riche boucher de son village...

    C'est à la 1ère journée d'hiver que Rácz officie seul à la chaufferie, et c'est sur une parole humiliante du directeur qu'il décide de soigner son orgueil froissé en coupant le chauffage dans tout l'hôtel. Les employés, et les clients, à tour de rôle, vont descendre dans les sous-sols offrir des cadeaux à l'ouvrier afin de l'amadouer, et lui faire ainsi prendre conscience du pouvoir qu'il détient. Peu à peu, Rácz va prendre le contrôle de l'hôtel tandis que tous lui lèchent les bottes... Tous ? non, le directeur résiste toujours et encore... mais pour combien de temps ?

    Peter Pišt'anek nous dépeint une faune hétéroclite, avide d'enrichissement personnel par n'importe quel moyen : menaces, prostitution, chantage, escroquerie, extorsion... tout est bon pourvu que l'argent se gagne facilement et rapidement... au risque de tout perdre ensuite en ayant été trop gourmand !

    Il faut dire que le tourisme sexuel, pratiqué par des Européens de l'Ouest sans vergogne, ou tout simplement le désir de passer des vacances bon marché à Bratislava, constituent une manne pour les profiteurs de tous poils !

     L'auteur aborde des thématiques sombres mais son humour dévastateur emporte tout sur son passage, tant les situations sont parfois grotesques ; elles contribuent d'ailleurs à dédramatiser la gravité de certains sujets, même si j'ai eu un pincement au cœur pour le destin sordide qui attend Silvia et Edita dans un bordel autrichien.

    Rácz, l'anti-héros du roman, est hallucinant. Son futur associé, Vidéo-Urban  (peut-être le personnage le moins antipathique) le décrit en ces termes peu flatteurs : " C'est le type le plus stupide et le plus borné que j'aie jamais rencontré. Pour l'intelligence, il en a encore moins que [ma] chaussure droite. Mais une faculté d'adaptation inimaginable. Et un prédateur. Rácz, c'est une catastrophe naturelle. Une machine à faire du fric." (pages 244-245 de la traduction française)

    Rácz est aussi ringard. C'est aussi un rustre, complètement inculte (il est persuadé que Puccini est un peintre !!), mais son ascension est irrésistible, et il finit par se faire baiser la main comme le Parrain de Coppola...

    Pour conclure, l'auteur nous offre une peinture complètement déjantée et cynique de cette micro-société avide de richesse et prête à tout pour l'obtenir. J'ai  ri à plusieurs reprises, bien que certains passages soient vraiment noirs. Rácz est vraiment un anti-héros incroyable, détestable au possible et tellement stupide, tyrannique et irréfrénable qu'il en devient fascinant...

    Rivers of Babylon de Peter Pist'anek

    Bratislava, hiver 1989-1990. Râcz, jeune paysan simple et costaud, débarque de sa province natale en vue d'amasser le petit pécule qui lui permettra d'épouser la grosse fille chaste du boucher de son village. Il se retrouve employé comme unique chauffeur d'un vieil hôtel de luxe, l'Ambassador, dont le système de chauffage repose sur d'antiques chaudières nécessitant un entretien particulier. Très vite, le jeune homme se rend compte de l'immense pouvoir que lui vaut désormais le rôle de " maître du feu ". Allumant et éteignant le chauffage au gré de ses humeurs, il soumet rapidement la masse grouillante des habitants de cette nouvelle Babylone, constituée d'une faune cosmopolite et bigarrée : service administratif corrompu, personnel servile, escrocs à la petite semaine, prostituées aux dents longues, touristes libidineux, ex-membres de la Sécurité d'Etat reconvertis en policiers corruptibles... Commence alors l'inexorable ascension du fringant anti-héros Ràcz qui, de despote violent, se mue bientôt en démiurge omnipotent. Mélange de roman de moeurs satirique, fiction politique au vitriol, conte philosophique, cette oeuvre crue et burlesque, au comique dévastateur, met le doigt sur le système perverti et corrompu qui a régné dans les pays satellites de l'URSS au lendemain de la chute du mur.

    Né en 1960, l'écrivain slovaque Peter Pišt'anek a été musicien dans un groupe de rock, a travaillé dans la publicité et a mis en ligne un magazine sur Internet. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages. Son roman Rivers of Babylon, le premier d'une trilogie, paru en 1991 en Slovaquie, a été loué pour son originalité, son inventivité et la maîtrise de son style.

    Cet anti-conte de fées post-soviétique débute au sous-sol, dans les enfers de l'Ambassador, vieil hôtel de luxe de Bratislava. C'est l'hiver 1989-1990, le système soviétique vient de s'effondrer, et Rácz, paysan pauvre et un peu simplet, s'engage comme ouvrier-chauffeur dans le prestigieux établissement. Très vite, il prend conscience de la position stratégique que lui offre la maîtrise des vieilles chaudières de l'hôtel et, mêlant avec talent chantage, brutalités et manipulations, il orchestre son irrépressible ascension. Écrasant un à un ceux qui s'opposent à lui - anciens de la police secrète, petits changeurs d'argent illégaux et autres mafieux tziganes -, l'ouvrier-chauffeur se fait le maléfique despote des lieux, jusqu'à devenir officiellement directeur, puis propriétaire de l'hôtel.

    Le récit avance à toute vitesse, sans prendre le temps de juger, de déplorer, il projette les faibles en haut, rémunère les plus vils, les fait retomber, offrant au passage une belle série de portraits satiriques hilarants : les danseuses légères côtoient Vidéo-Urban, qui se rêve artiste et deviendra réalisateur de porno, maquereau puis bras droit du tout-puissant Rácz ; Freddy-Tirelire, le gardien de parking de l'hôtel, se transforme en prophète furieux de l'apocalypse. L'image de la ruine babylonienne court évidemment dans tout ce roman excessif, burlesque et pourtant violemment réaliste : il affronte ce moment décisif de passage d'une société issue du modèle de l'URSS à une autre, d'un modèle de perversion politique à une nouvelle forme de corruption.

    Le premier tome (écrit en 1991) de cette trilogie encore inédite en France, qui a connu un grand succès en Slovaquie, rappelle la puissance narrative d'un Dos Passos. Dans ce babélien « Bratislava Transfer », le monde libéré de l'ordre communiste est pris dans un mouvement convulsif, il voit s'écrouler un peu plus les frontières du bien et du mal, au rythme des portes tambour de l'hôtel.


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