• la période communiste

    Comme dans tous les pays du bloc socialiste, une littérature officielle, celle du réalisme socialiste, fut imposée comme mode d'expression aux écrivains. Le cadre de la création littéraire, l'Union des écrivains slovaques, proposait des thèmes convenables (l'insurrection slovaque, l'industrialisation, la lutte des classes) et blâmait les écrivains n'obéissant pas à ses directives. Son rôle fut paradoxal. Dans les années 1950, elle était le prolongement du pouvoir et appliquait les ordres avec rigueur, mais ce fut en son sein que sont nées les critiques ouvertes du régime. Après 1948, quelques écrivains se sont exilés (Hronsky, Vamos, Dilong, Lahola), d'autres furent emprisonnés (Novomestsky), d'autres exécutés (Clementis). Certains préfèrent se taire (Lukac, Beniak, Urban). De nombreux auteurs ne peuvent rien publier, mais certains continuent à écrire, « pour le tiroir » (J. Silan, P. Buncak).

    La période de l'après-guerre jusqu'en 1956 a été celle d'une censure rigoureuse. Néanmoins, quelques œuvres de cette époque gardent un intérêt littéraire. Tel est le cas de la saga le Vin Rouge de Frantisek Hecko (1905-1960) et du recueil Quand on deviendra mûr, du poète M. Rufus. Certains écrivains qui, plus tard, condamneront le régime écrivent dans une sorte de vague d'enthousiasme (Tatarka, Minac, Mnacko, Karvas). Après la critique de l'époque stalinienne, la production littéraire peut reprendre, Lukac, Novomestsky, Silan, Hronsky, Beniak, sont réhabilités. L'écrivain n'est plus perçu comme l'instrument du pouvoir. La poésie retrouve la sphère intime. Influencés par les formes poétiques des surréalistes ainsi que par leur imaginaire, les poètes slovaques examinent l'univers de l'amour, il naît alors une poésie sensuelle, où le corps est aussi doué d'un sens (le sang, le visage, les yeux) – traces des symbolistes. Plusieurs générations se succèdent. D'abord M. Rufus (1929, l'Alphabet, les Cloches), M. Valek (1927-1991, les Attouchements, l'Attirance, l'Amour dans la chair de poule), V. Mihalik (1926, Appassionata), P. Buncak (1915), puis plus métaphysiques, proche du tchèque V. Holan, J. Buzzassy (1935, la Beauté mène la pierre), et P. Horov (1914-1915). Autour de la revue Jeune Création, se forme un groupe d'auteurs dont le langage se distingue par l'utilisation de métaphores concrètes : L. Feldek (1935), J. Stacho (1936-1995, le Voyage de noces, le Corps pur bilatéral), J. Mihalkovic (1935, les Résidences d'hiver), J. Ondrus (1932). L'œuvre de S. Strazay (1940),à part se situe, minimaliste et presque narratif, l'auteur décrit le quotidien. Quant à A. Plavka (1907-1982), disciple de Hviezdoslav, il s'inspire du folklore.

    Un moment de rupture dans la poésie slovaque a lieu avec le manifeste du groupe les Coureurs solitaires, I. Laucik (1944), P. Repka (1944), I. Strpka (1944). Sous l'influence des idées de S.J. Perce et de la génération beat, ils s'engagent à faire une poésie qui soit une vie, et non pas son image. Ils accusent les générations précédentes de poètes d'être des « chevaliers sans chevaux », trop esthétisants et sans un contenu réellement sensible. Ils introduisent le terme du « poème ouvert », qui n'est pas une amertume de l'auteur vers le lecteur, mais signifie au contraire que le lecteur doit aussi être poète pour saisir le poème.

    La normalisation des années 1970 arrête les expérimentations prometteuses. La poésie devient plus naïve, de nombreux poètes décident d'écrire pour les enfants (Feldek, Hevier). Elle devient plus rationnelle et se tourne vers la nature (J. Strasser, J. Svantner). D'autres écrivent des textes pour la musique (K. Peteraj, I.Kolenic). Dans la dernière génération des poètes se distinguent E. Groch (1957) et P. Maczovsky (1966).

    La prose slovaque contemporaine peut être divisée en deux courants thématiques. D'un côté, les écrivains qui situent leur œuvre dans le mouvement de l'histoire et dont les écrits sont une critique de l'époque ; de l'autre, les auteurs qui, déçus par les effets de l'engagement sur la littérature, se tournent vers la vie des gens ordinaires. Dans le premier courant se situent L. Mnacko (1919-1994, la Mort s'appelle Engelchen, les Reportages attardés, critique des procès manipulés des années 1950) qui décrit l'homme engagé, ainsi que V. Minac (1922). Dominik Tatarka (1913-1989) est l'écrivain le plus remarquable de cette génération. Comme Minac et Mnacko, il débute au sein de l'Union des écrivains slovaques et adopte le style du réalisme socialiste. Il est le premier à prononcer une critique ouverte du régime, le Démon du consentement (1956), un des rares intellectuels slovaques à être signataire de la Charte 77. Son œuvre est en large partie une autobiographie esthétisée, son vocabulaire très expressif accentue l'intensité de son expérience (la Vierge enchanteresse, les Gribouillis). Toute l'œuvre de V. Sikula (1936-2001), Il n' y a pas une brasserie sur chaque colline, les Ornements, se situe dans le second courant. Ses récits se déroulent chaque fois dans le paysage de la campagne de la Slovaquie de l'Ouest et ses héros sont des paysans. Il insiste sur l'importance des valeurs proprement humaines (l'amour, l'amitié, la générosité) et sur la prédominance de la partie « non historique » de la vie de l'homme. On trouve des idées du même ordre chez P. Jaros, auteur d'un des romans d'après-guerre le plus lu (l'Abeille millénaire) et A. Bednar (1914, la Montagne en verre). Le clivage équivalent est typique pour J. Johanides (1934, la Balade d'Orava la plus triste, le Crime qui punit), inspiré de Sartre, ses personnages se trouvent déchirés entre l'homme privé et l'homme public.

    En poésie comme en prose, dans les années 1960, apparaît une nouvelle génération d'auteurs. Ils sont marqués par les écrivains du réalisme magique d'Amérique du Sud (Borges, Cortázar, Marqués). Ils enrichissent la prose slovaque dans la forme de la narration comme dans son imagerie. Il s'agit de l'œuvre existentielle et asociale de D. Mitana (les Années du chien, Patagonie, la Recherche de l'auteur perdu, 1946) et de l'œuvre poétique de D. Dusek (la Position près du cœur, 1946 le Thermomètre). L'œuvre ironique de P. Vilikovsky est originale (1941, le Cheval dans l'escalier, Casanova slovaque) et inspire aussi le jeune auteur postmoderne P. Pistanek (1960, Rivers of Babylone).

    Dans les années 1970 apparaît le courant de la littérature féminine. Par les thèmes de la femme-maîtresse, de la femme-mère et de la femme-citoyenne (la prose de Milka Zimkova (1931)), se trouvent réunis les poèmes sensibles de Masa Halamova (1908-1995), l'œuvre plus réflexive de Mila Haugova (1942) aux poèmes provocants et dérangeants de Tatjana Lehenova (1961). D'autres figures se rattachent à ce courant : Lydia Vadkerti-Gavornikova (1932), Alta Vasova (1939) et Gizela Slavkovska (1945).La création dramatique de l'époque est en grande partie satirique. Les auteurs les plus importants sont P. Karvas (1920) et I. Bukovcan (1921-1975). Les jeunes théâtres des années 1960 sont des lieux de création. Inspirés souvent de l'œuvre des tchèques Voskovec et Werich, ils produisent par exemple l'œuvre de S. Stepka (1944, Janosik, le Département féminin), où ses textes ne sont que des esquisses qui permettent aux acteurs d'improviser. On y trouve aussi le couple des humoristes : J. Satinsky (1940) et M. Lasica (1941), En n'attendant pas Godot, Soirée, la Nouvelle Joyeuse, et aussi l'auteur d'avant-garde V. Klimacek (1959, Bigbeat, la Gorgée).


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