• En 1960, la Constitution nouvelle qu’a fait adopter Antonín Novotný* aggrave encore l’impuissance des organes slovaques, qui n’existent plus que sur le papier. Après 1963, les Slovaques entreprennent la lutte contre Novotný. Clementis et les autres condamnés étaient profondément populaires, et les Slovaques voient dans leur condamnation une forme d’oppression nationale. Dès le début de 1963, écrivains et historiens critiquent la déformation du passé. À Prague, une commission spécialement constituée par le parti, la Commission des Barnabites, réclame la réhabilitation des « nationalistes bourgeois ». En avril 1963, Novotný doit accepter le remplacement du premier secrétaire du parti slovaque, Karol Bacílek, par Alexander Dubček*. Toutefois, en juin 1963, dans un discours prononcé à Košice, Novotný réaffirme la justesse des condamnations prononcées pour le nationalisme bourgeois. Mais, le 21 septembre 1963, il doit se séparer de son Premier ministre, Široký, détesté par les Slovaques, et le remplacer par Jozef Lenárt (né en 1923), qui est le président du Conseil national slovaque. En août 1964, le vingtième anniversaire de l’insurrection slovaque est marqué par des cérémonies officielles et par le rétablissement de la vérité historique.

    Le mécontentement des Slovaques n’est pas seulement politique ; le déséquilibre économique subsiste. L’économie slovaque a fait des progrès — en 1965, elle présente 20,7 p. 100 du total de l’économie tchécoslovaque (contre 13 p. 100 en 1948) —, mais les revenus slovaques de 1968 sont l’équivalent du revenu tchécoslovaque en 1958. Des critiques s’élèvent contre la gestion trop centralisée de l’économie.


    votre commentaire
  •  

    Le triomphe du parti communiste tchécoslovaque en 1948 entraîne un déclin rapide des institutions slovaques. Klement Gottwald* introduit dans le pays un modèle stalinien centralisé. La Constitution de mai 1948 enlève aux organismes slovaques tout pouvoir réel, ne leur laissant plus qu’un vague droit de contrôle sur les affaires scolaires et l’organisation de la santé. Les commissaires slovaques sont désormais nommés et remplacés par le gouvernement de Prague. Le 26 juillet 1948, le parti communiste slovaque perd toute autonomie.

    Gottwald est très méfiant envers les Slovaques. Il accorde une pleine confiance à Viliam Široký (1902-1971), qui, dès septembre 1948, critique le « nationalisme bourgeois » slovaque. Il est hostile aux communistes slovaques qui ont émigré à Londres pendant la guerre, comme démentis, ou aux hommes de la résistance intérieure, comme Gustáv Husák (né en 1913). Dès mars 1950, des attaques sont lancées contre Clementis, qui est ministre des Affaires étrangères ; en avril 1950, la liste des « nationalistes bourgeois slovaques » est prête. Le IXe Congrès du parti communiste slovaque les exclut de leurs fonctions en mai 1950.

    Clementis est condamné à mort avec Slánský et tous deux sont exécutés en 1952. En avril 1954, c’est la condamnation des « nationalistes bourgeois » : Husák est condamné à la prison à vie, Novomeský à seize années. Tout le passé de la Slovaquie est condamné avec eux. Le mouvement communiste Dav de l’entre-deux-guerres, l’insurrection slovaque de 1944 ne peuvent être que trahisons puisque leurs chefs étaient des traîtres.


    votre commentaire
  •  

    Par le programme du gouvernement publié à Košice, en Slovaquie orientale, le 5 avril 1945, Beneš abandonne le tchécoslovaquisme. Le Conseil national slovaque aura le pouvoir législatif pour la Slovaquie ; l’exécutif sera exercé par les commissaires slovaques. À l’origine, le parti communiste souhaite utiliser à son profit l’autonomie slovaque, mais les élections de 1946 sont pour lui une déception ; il n’obtient que 30 p. 100 des voix, alors que le parti démocrate (Jan Ursiny, Josef Lettrich) rassemble 62 p. 100 des suffrages. Dès lors, le parti communiste se montre méfiant envers l’autonomie slovaque.

    En novembre 1947, il profite des désaccords entre l’aile catholique et l’aile luthérienne du parti démocrate pour réaliser un coup d’État. Par des manifestations ouvrières et paysannes, il impose le remaniement du Conseil des commissaires slovaques. Le parti démocrate perd la majorité par l’entrée de spécialistes et de membres de petits partis. Mais les communistes ne contrôlent pas avant février 1948 la situation en Slovaquie.


    votre commentaire
  •  

    Après les accords de Munich, le parti populiste réclame les 5 et 6 octobre 1938, à Žilina, un projet plus avancé. Le gouvernement tchèque cède le 7 octobre, et Mgr Tiso préside le premier gouvernement slovaque autonome. Mais la Hongrie menace l’intégrité nationale slovaque. Le 2 novembre 1938, par l’arbitrage de Vienne, elle annexe Komárno à l’ouest, et Košice à l’est. Le 8 novembre se forme un parti unique, le parti de l’unité nationale slovaque, qui, aux élections de décembre 1938, a 97,5 p. 100 des voix.

    Le gouvernement de Prague tente de réagir. Les 9 et 10 mars 1939, il chasse le gouvernement Tiso pour le remplacer par un gouvernement Sidor, plus modéré. Mais Hitler intervient : le 13 mars, il convoque Tiso à Berlin et lance un ultimatum. La Slovaquie devra se déclarer indépendante avant le 14 mars à midi, sinon elle sera annexée à la Hongrie. Ainsi, la Slovaquie devient, par un diktat hitlérien, un État indépendant. Cette indépendance est toute théorique, car un accord du 23 mars 1939 fait passer l’État slovaque nouvellement créé sous protectorat allemand.

    L’État slovaque est plus autoritaire, clérical et traditionaliste que fasciste. Son aile fascisante, l’organisation paramilitaire qui porte le nom de garde de Hlinka, est tenue à l’écart du pouvoir.

    Au début, le nouveau régime trouve un écho favorable dans l’opinion. Les fonctionnaires tchèques sont expulsés, la slovaquisation de l’administration permet de distribuer des places ; l’aryanisation des biens appartenant à la communauté juive (136 000 en 1930) donne aux Slovaques le contrôle du commerce et des affaires. L’Étal slovaque profite à ses débuts d’une prospérité économique inattendue. Pays en paix dans une Europe en guerre, il peut exporter à haut prix ses produits agricoles et ses matières premières. L’industrie se développe, et les travailleurs slovaques vont travailler dans le Reich. Le chômage disparaît. Le régime n’est pas brutal : il n’y a pas de terreur et on ne connaît aucune exécution d’opposants avant août 1944. Seule la minorité juive, touchée par la loi du 10 mai 1939, est expulsée vers le Reich. Cette politique reste modérée jusqu’en 1942 ; elle ne s’aggravera qu’avec le gouvernement Tuka.

    Mais la situation se détériore après 1941. L’État slovaque a été contraint d’entrer en guerre contre l’U. R. S. S., ce qui provoque de nombreuses désertions sur le front et le mécontentement des cadres dirigeants de l’armée. En même temps, la pression allemande fait disparaître les dernières illusions d’indépendance. En 1942, l’Allemagne contrôle 51 p. 100 des entreprises slovaques.

     

    Le gouvernement tchécoslovaque de Londres pourrait utiliser ce mécontentement. Mais il reste fidèle au tchécoslovaquisme et se donne pour programme la restauration de l’État dans la situation et les frontières d’avant 1938.

     

    À la fin de 1943, un Conseil national slovaque est créé par différents groupes : protestants du parti démocrate, socialistes et communistes. Certains de ces communistes sont des délégués de la direction du parti à Moscou, comme Karol Šmidke ; d’autres sont des communistes locaux, comme l’avocat Gustáv Husák ou le poète Laco Novomeský. Le Conseil a confié la direction militaire au colonel Jan Golian.

    En août 1944, lorsque les Russes approchent des Carpates, l’insurrection slovaque éclate. Aux forces de la résistance intérieure se joint la plus grande partie de l’armée régulière, avec le général F. Čatloš. Beneš envoie de Londres le général R. Viest pour prendre la tête de l’insurrection. Mais, dès le 29 août, les Allemands pénètrent en Slovaquie et, en deux mois, ils réoccupent le pays, s’emparant le 27 octobre de Banská Bystrica, capitale de l’insurrection. La répression est brutale. Seules subsistent des unités isolées de partisans, qui aident, au printemps de 1945, les troupes soviétiques à libérer la Slovaquie


    votre commentaire
  • Ainsi se trouvent unis deux peuples séparés par l’histoire depuis le xe s. Il y a un profond déséquilibre économique entre les pays tchèques industrialisés (35 p. 100 de population active agricole, 40 p. 100 d’ouvriers d’industrie) et la Slovaquie agricole (60 p. 100 d’agriculteurs, 19 p. 100 d’ouvriers). À cela s’ajoute une totale incompréhension psychologique. Les Tchèques imposent le « tchécoslovaquisme », l’idée d’une nation unique et centralisée dirigée de Prague. Le tchèque est la seule langue d’État. De 1918 à 1920, 70 000 Tchèques ont été envoyés en Slovaquie pour y servir comme militaires et comme employés des services publics. Ils sont 120 000 en 1930. La part des Slovaques est très faible dans la haute administration, et l’intelligentsia slovaque se sent défavorisée.

    Dans la vie politique slovaque, on trouve d’abord les centralistes, partisans du gouvernement de Prague. Leurs chefs sont Vavro Šrobár (parti national slovaque et agrarien), qui dissout le Conseil national slovaque dès janvier 1919, et le social-démocrate Ivan Dérer. Les centralistes se recrutent surtout dans la minorité luthérienne, qui représente à peine 20 p. 100 de la population : d’où un sentiment de frustration de la majorité catholique.

    Le parti populiste (Lúdová strana) de l’abbé Hlinka se réorganise en décembre 1918. Sa direction idéologique est entre les mains d’intellectuels hostiles aux Tchèques, soupçonnés par leurs adversaires d’être des Magyarons, de tendance probourgeoise. Le programme officiel du parti, présenté dans le mémorandum de Vojtech Tuka (1880-1946) en janvier 1922, réclame l’autonomie au nom des accords de Pittsburgh. De 1920 à 1935, le parti obtient environ 32 p. 100 des voix aux élections, plus que le parti national de Šrobár. En automne 1925, après un succès électoral, il entre dans le gouvernement de l’agrarien tchèque Antonín Švehla (1873-1933) avec deux ministres ; il se montre loyaliste en 1927 lors des revendications irrédentistes de la Hongrie. Mais Tuka est condamné le 5 octobre 1929 à quinze ans de prison pour avoir réclamé l’indépendance de la Slovaquie. En protestation, le 8 octobre 1929, le parti populiste se retire de la coalition et fait échouer le projet de formation d’un vaste bloc catholique, ce qui lui vaut l’hostilité du Vatican.

    Les années 1930 accentuent les désaccords. Dès 1920, l’industrie slovaque avait reculé devant la concurrence tchèque, et le quart des usines avait dû fermer. La crise économique provoque la mévente des produits agricoles : de 1931 à 1936, la vente des produits agricoles baisse de 70 p. 100. Il y a 300 000 chômeurs recensés, mais surtout une forte surpopulation agricole. Après 1935, l’industrialisation reprend grâce à l’évacuation en Slovaquie des industries de guerre. Mais, en 1937, la Slovaquie compte seulement 15 p. 100 d’ouvriers de plus qu’en 1914.

    Le mécontentement économique se marque sur le plan politique. Le parti communiste recrute surtout ses adhérents parmi les travailleurs agricoles et dans les minorités hongroise et ruthène. Il ne contrôle que de 6 à 10 p. 100 des électeurs dans les régions purement slovaques. Une nouvelle génération de jeunes intellectuels anime après 1924 la revue Dav, avec Vladimir Clementis (1902-1952), mais elle se montre hostile à l’indépendance, qui livrerait la Slovaquie à la réaction. Le parti communiste élabore en 1937 à Banská Bystrica un programme de réformes économiques pour la Slovaquie, mais ne rencontre guère d’audience.

    Le mécontentement joue en faveur de l’autonomisme. Un bloc autonomiste réunit les populistes et le parti national slovaque du pasteur M. Rázus. Le 13 août 1938, les autonomistes troublent des cérémonies officielles organisées à Nitra pour le onzième centenaire de la christianisation de la Slovaquie. Une trêve semble intervenir en 1935 lors de l’élection de Beneš à la présidence de la République. Un agrarien slovaque, Milan Hodža, occupera jusqu’aux accords de Munich (1938) la présidence du Conseil.

    Mais, dans le parti populiste, la nouvelle génération est plus nationaliste que cléricale. Avec K. Sidor, certains recherchent l’appui financier et politique de la Pologne de Józef Beck. En 1936, les jeunes, enthousiastes des régimes autoritaires, écartent les motions des prélats modérés (Mgr Tiso). Ils sont prêts à former, avec les Sudètes de Konrad Henlein (1898-1945), un front uni des minorités contre le gouvernement de Prague. Après la mort de l’abbé Hlinka en août 1938, la direction du parti passe à Mgr Tiso. Le 22 septembre 1938, le projet d’autonomie proposé par Beneš renforce les modérés.


    votre commentaire
  •  

    Au seuil du xxe s., les Slovaques cherchent des appuis à l’extérieur, d’abord parmi les émigrés aux États-Unis, qui forment une colonie active, puis parmi les intellectuels occidentaux, tels l’Anglais R. W. Seton-Watson, le Français Ernest Denis, l’écrivain norvégien Björnson. En même temps, des courants politiques nouveaux apparaissent. Dans le peuple des campagnes, c’est le parti populiste, catholique, de l’abbé Andrej Hlinka (1864-1938). Parmi les intellectuels catholiques, le groupe Hlas (la Voix), de 1898 à 1904, avec Vavro Šrobár (1867-1950) et Pavol Blaho (1867-1927), critique les politiciens slovaques et appelle à une action commune avec les nationalistes tchèques, notamment avec Tomáš Garrigue Masaryk*, qui, demi-slovaque lui-même, veut renforcer les contacts entre les deux mouvements nationaux. D’ailleurs, l’intérêt des Tchèques pour la Slovaquie se montre plus intense à la veille de la Première Guerre mondiale : les banques de Prague investissent des capitaux dans la banque slovaque ou dans les industries du bois.

    En 1901, le parti national slovaque reprend son activité et sa propagande, surtout grâce à son aile gauche, que forment Šrobár et l’agrarien Milan Hodža (1878-1944).

    Les Slovaques se trouvent mobilisés dans la guerre avec les armées austro-hongroises. Lorsque les émigrés de Paris et de Londres commencent à élaborer leurs revendications, ils réclament d’abord l’indépendance des pays tchèques au nom du droit historique ; plus tardivement, ils décident d’adjoindre au nouvel État la Slovaquie au nom du droit naturel. À côté du Tchèque Edvard Beneš et du Morave Masaryk, la puissante personnalité du Slovaque Milan Rastislav Štefánik (1880-1919) exerce son influence après février 1916. Ce fils de pasteur, naturalisé français, astronome, capitaine d’aviation dans l’armée française, éveille les sympathies en France et en Italie en faveur de l’État tchécoslovaque. Ministre de la Guerre dans le gouvernement provisoire, il se tue malheureusement dans un accident d’avion le 4 mai 1919, lors de son retour dans sa patrie.

    Le mouvement d’indépendance a trouvé un appui en argent et en hommes dans la colonie slovaque des États-Unis ; le 30 mai 1918, lors de son voyage aux États-Unis, Masaryk signe avec les organisations slovaques en Amérique les accords de Pittsburgh, qui prévoient l’autonomie de la Slovaquie et la reconnaissance du slovaque comme langue officielle. Mais ces accords, considérés comme des engagements privés, ne seront pas appliqués par le nouveau gouvernement.

    La Slovaquie tient à exprimer elle-même sa volonté d’union avec les Tchèques. Le 30 octobre 1918, le Conseil national slovaque, réuni à Turčiansky Svätý Martin, se prononce en faveur du nouvel État. Mais, en fait, dans la situation confuse de l’automne de 1918, le pouvoir réel se situe à Prague, qui prend toutes les décisions. Les légionnaires tchécoslovaques doivent conquérir la Slovaquie, qu’occupent encore les troupes hongroises. Bratislava n’est libérée qu’en février 1919. La question la plus brûlante est celle des frontières d’une Slovaquie dont les limites n’ont jamais été définies. Seront-elles ethnographiques ? En fait, mettant à profit la guerre contre la république des Conseils hongrois, d’avril à juin 1919, la Tchécoslovaquie se fait reconnaître le 12 juin par les grandes puissances une frontière plus au sud que la frontière ethnique, qui lui permet le contrôle des voies ferrées d’ouest en est. La Slovaquie englobe donc une forte minorité hongroise (745 000 personnes en 1921) dans la Tchécoslovaquie de l’entre-deux-guerres (1918-1939).


    votre commentaire
  • Les années 1860-1875 marquent un brusque réveil politique. Après la publication du « Diplôme d’octobre » (1860), le gouvernement autrichien semble favorable à un régime fédéral. Certains catholiques slovaques se rapprochent des libéraux hongrois contre Vienne et forment la Nouvelle École (Nová Škola). Mais, les 6 et 7 juin 1861, une Assemblée nationale est convoquée à Turčiansky Svätý Martin, une petite ville de 3 000 habitants qui sera jusqu’en 1918 le centre du mouvement national. Le mémorandum de la nation slovaque de 1861 demande que l’on définisse officiellement la nation et la langue slovaques, et que l’on délimite une région slovaque, l’Okolie, qui bénéficierait de l’autonomie. Plus prudents qu’en 1848, les représentants slovaques ne réclament plus une diète particulière.

    Dans l’application de ce programme, deux tendances se heurtent : les uns, l’Ancienne École (Stará Škola), sont intransigeants sur la délimitation de la Slovaquie ; les autres seraient prêts à l’abandonner en échange de concessions sur les écoles et l’usage du slovaque dans la basse administration.

    Mais les Hongrois refusent toute réforme. Alors, les Slovaques se tournent vers la cour de Vienne. Le 12 décembre 1861, un mémorandum approuvé à Turčiansky Svätý Martin est remis à l’empereur François-Joseph par l’évêque catholique Štefan Moyses et par le pasteur Karol Kuzmány, mais sans résultats.

    En 1863 est créée à Turčiansky Svätý Martin la Slovenska Matice, organisme culturel inspiré du modèle tchèque, qui doit à la fois encourager les publications en langue slovaque et aider le développement d’écoles secondaires slovaques.

    Mais le Compromis de 1867 apporte une terrible déception : dans l’Autriche-Hongrie, les Hongrois seront maîtres de leurs nationalités sans que Vienne puisse intervenir pour les modérer. Une loi des nationalités volée en 1868 par le Parlement hongrois promet le respect des langues nationales, mais elle n’est pas appliquée. Le mouvement slovaque se divise : la Nouvelle École, qui édite en 1868 le journal Slovenskje Novini, veut collaborer avec les Hongrois et attaque les partisans du mémorandum de 1861. Le sort des Slaves de Haute-Hongrie ne cesse de se détériorer. En 1865-1868, ceux-ci n’ont qu’un seul représentant à la diète, un Ruthène, Adolf Dobrjanszkij ; en 1869 s’y ajoute un député slovaque, Viliam Pauliny-Tóth.

    À partir de 1875, le gouvernement hongrois de Kálmán Tisza mène une politique de magyarisation à outrance. À ses yeux, « le Slovaque n’est pas un homme », la nation slovaque n’existe pas. Cette même année, la Slovenska Matice est fermée par les autorités. Les Hongrois créent la Femke, « Association d’éducation de la Haute-Hongrie », pour accélérer la magyarisation des écoles. L’Église évangélique même est soumise au contrôle de l’État. Le parti national slovaque ne peut agir : en 1884, il décide le boycottage des élections tant que la Hongrie ne respectera pas la loi des nationalités de 1868.

     


    votre commentaire
  • En 1241-42, les Mongols ravagent la Hongrie. Seuls résistent les châteaux forts, à Nitra, à Bratislava et à Komárno. Aux xie et xiie s. se développent des villes nouvelles, parfois avec des privilèges royaux, comme Trnava et Zvolen. Dès le xiie s., les mines de cuivre et d’argent de la Haute-Hongrie sont mises en exploitation par des ouvriers venus d’Allemagne. Les grandes villes minières de Banská Štiavnica et de Banská Bystrica sont les centres de cette intense activité économique.

    Après la dynastie des Arpád, la dynastie d’Anjou s’empare du trône de Hongrie. Mais elle éprouve de grandes difficultés à dominer la Haute-Hongrie, que contrôlent de grandes familles de magnats : Matúš Čák de Trenčin à l’ouest, les Omodej à l’est. Matúš reste indépendant jusqu’à sa mort en 1321. En conflit avec l’évêque de Nitra, il pille et brûle la ville en 1311 et en 1317.

    Le xive s. voit un grand essor de l’artisanat et des mines, encore renforcé par un nouvel afflux de colons allemands, qui, grâce à un riche patriciat, dominent la vie municipale à Bratislava et dans les régions minières. Le commerce de transit est prospère. La Hongrie du Nord exporte le cuivre vers Nuremberg, vers la Flandre et importe des étoffes. Par Trnava et par Bratislava, elle commerce avec la Bohême ; par Košice, à l’est, elle est en relation avec la Pologne et la Moscovie.

    Le xive s. est une grande période d’essor pour l’architecture gothique civile et religieuse. Depuis l’attaque des Mongols, le roi et les seigneurs élèvent de puissants châteaux de pierre. Les influences italiennes se font surtout sentir sur la peinture.

    À la fin du xive s. et au cours du xve, la Hongrie et la Bohême ont les mêmes souverains ; Sigismond de Luxembourg, fils de Charles IV, devient roi de Hongrie en 1387. En 1440, c’est Vladislas Ier Jagellon* II qui est roi de Hongrie ; il conserve le trône jusqu’en 1444. L’influence de l’art de la Bohême marque alors l’art de la Hongrie.

     

    La grande vague religieuse du hussitisme n’atteint que faiblement les Slovaques. La noblesse se veut hongroise, étrangère aux réformes religieuses de la Bohême ; elle fournit même des troupes aux croisades, qui tentent en vain d’écraser les révoltés. Les hussites lancent en 1428 et en 1431 des expéditions sur Bratislava et sur Nitra, et pillent les domaines des seigneurs croisés. Certaines garnisons hussites sont installées en avant-postes dans le nord du pays.

     

    Mais la fin du xve s. et le début du xvie sont marqués par d’intenses luttes sociales. Les Fugger*, alliés à une grande famille de magnats, les Thurzó, contrôlent les mines de cuivre et d’argent, et, de 1495 à 1525, en tirent des bénéfices d’un million de ducats. Ils voudraient également diriger tout le commerce et toute la vie économique de la Haute-Hongrie. Après la régence de Jean Hunyadi* (1446-1453) et le règne de son fils Mathias* Corvin (1458-1490), le jeune Louis II Jagellon, roi de Hongrie et de Bohême à partir de 1516, doit faire face à des révoltes paysannes et surtout à l’insurrection des villes minières en 1525 et en 1526. Depuis 1521, le luthéranisme se répand dans les villes allemandes et double le conflit social d’un conflit religieux. La confiscation des biens des Fugger, ordonnée en mai 1525 par la diète de Hongrie, satisfait les jalousies de la noblesse. Mais elle ne désarme pas le mécontentement des mineurs. Après des grèves et des revendications de salaires, les ouvriers de Banská Bystrica s’insurgent et s’emparent de la ville en février 1526. La révolte gagne les autres villes et n’est écrasée qu’en août 1526. Tandis qu’il affronte les troubles sociaux, Louis II de Hongrie doit faire face à un autre danger, plus grave : l’invasion turque. Avec la défaite et la mort du roi à Mohács en 1526, le destin de la Hongrie prend un cours nouveau.

     

     

    votre commentaire
  • L’histoire

    Les Slovaques sont parfois classés par les historiens comme un « peuple sans histoire », car, ayant 1939, ils n’ont jamais formé un État indépendant.

    Avant l’État de Grande-Moravie

    Jusqu’au xe s., l’histoire de la Slovaquie est très proche de celle de la Bohême et de la Moravie. Sur les bords des fleuves Hron et Váh, on trouve des traces d’une occupation par les Celtes datant des ive et iiie s. av. J.-C. Cette civilisation est détruite par des Germains, les Quades et les Marcomans vers 9 et 8 av. J.-C. Voisine du limes danubien, l’actuelle Slovaquie est une zone de contacts avec le monde romain. Des postes avancés sont construits sur la rive gauche du Danube, à Iža, près de Komárno, et à Devín, près de Bratislava. Les contacts se maintiennent pendant les deux premiers siècles, et, en 179, Marc Aurèle mène une expédition dans les confins danubiens. L’influence romaine connaît ensuite un déclin, malgré une tentative de reconquête sous Valentinien Ier (364-375). Lors des grandes invasions, de nombreux peuples, comme les Lombards au vie s., traversent le pays sans s’y fixer. L’arrivée des Slaves*, de la fin du ive au ixe s., va marquer durablement le peuplement. Rien ne distingue alors les Tchèques des Slovaques, et la céramique de type pragois couvre aussi bien la Bohême que l’actuelle Slovaquie.

    La Grande-Moravie

    La création de ce grand Empire slave au ixe s. apporte aux populations une civilisation avancée. Des villes apparaissent, comme Nitra, premier centre du christianisme après l’arrivée de Cyrille* et de Méthode. Urbanisée, christianisée, la population slave connaît une période de prospérité.

    L’installation de la domination hongroise

    Au début du xe s., un peuple de cavaliers finno-ougriens, les Hongrois, détruit la Grande-Moravie et s’empare de la dépression danubienne. Certes, la conquête sera lente : les Carpates ne sont vraiment conquises qu’aux xiie et xiiie s. Mais le xe s. est une date fondamentale : désormais, tout en conservant une langue commune, Tchèques et Slovaques vont suivre une évolution distincte.

    La Hongrie intègre la nouvelle région en une marche confinium, puis, pour lutter contre les invasions des Přemyslides tchèques et des Piast polonais, elle la constitue en une unité, que les sources du xie s. appellent tertia pars regni. Mais les villes anciennes déclinent, comme Nitra. La propriété du sol passe au roi de Hongrie (85 p. 100 du sol) ou à l’archevêque d’Esztergom, primat de Hongrie. Il se constitue une nouvelle noblesse. Les petits nobles sont souvent des Slaves, mais ils se trouvent soumis à une magyarisation croissante.

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique