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    Crise migratoire: la Slovaquie désavouée

    La Cour de justice de l'UE a rejeté «dans leur intégralité» les recours déposés par la Hongrie et la Slovaquie contre les quotas d'accueil de réfugiés décidés en septembre 2015 par les dirigeants européens, au plus fort de la crise migratoire.

    La justice européenne estime dans un arrêt rendu mercredi 5 septembre 2017 que le mécanisme dénoncé par les deux Etats membres, censé incarner la solidarité européenne, contribue effectivement et de manière proportionnée« à soulager la Grèce et l'Italie, débordées par l'afflux de migrants.

    Conforme à la législation communautaire

    La Hongrie et la Slovaquie contestaient la légalité du plan, mais la Cour a rejeté l'ensemble de leurs arguments. Elle estime que le recours à une procédure non législative, sans consultation du Parlement européen, des parlements nationaux et sans délibérations publiques, était conforme à la législation communautaire.

    Cette même législation permet, selon elle, aux institutions de prendre les «mesures provisoires» nécessaires pour répondre rapidement à une situation d'urgence et l'afflux soudain de personnes déplacées.

    Pas besoin d'unanimité, selon la Cour

    Par ailleurs, la Cour considère que le Conseil européen, qui regroupe les 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, n'était pas tenu de prendre la décision à l'unanimité. La Slovaquie et la Hongrie, aux côtés de la République tchèque et de la Roumanie, avaient voté contre la relocalisation depuis la Grèce et l'Italie de 120'000 personnes répondant aux critères de la protection internationale, sur une période de deux ans.

    Enfin, la Cour affirme que «la validité de la décision ne peut pas être remise en question» rétrospectivement, en ce qui concerne son «degré d'efficacité». Le législateur européen ne peut en effet, selon elle, apprécier les effets d'une nouvelle réglementation qu'en fonction des éléments à sa disposition au moment où la décision est prise.

    Quotas pas atteints

    A quelques semaines de l'échéance du plan fixée fin septembre, les objectifs définis sur les quotas de «relocalisation» sont loin d'avoir été atteints. Moins de 28'000 personnes ont ainsi été transférées depuis la Grèce et l'Italie, sur un objectif initial allant jusqu'à 160'000 personnes à répartir.

    Le commissaire européen à la Migration Dimitris Avramopoulos a immédiatement pris note de la décision de la Cour sur le réseau social Twitter. «La CJUE confirme que le mécanisme de relocalisation est valide. Il est temps de travailler dans l'unité et de mettre pleinement en oeuvre la solidarité», a-t-il déclaré.


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  • J'ai beaucoup aimé ce livre slovaque. J'aime tout ce qui vient de Slovaquie me direz-vous? Effectivement. Et alors? La traduction est extrêmement bien faite: pleine d'humour et de sarcasmes. La description de ce paysan plein de bon sens confronté à la superficialité des citadins est un délice. Son humour me fait penser au livre tchèque "le brave soldat Chvéïk" de Jaroslav Hašek, qui décrit également la fin d'une civilisation. Un délice!

    Je dois avouer que le début du roman ne m'avait guère enthousiasmée, et m'avait fait craindre un long moment d'ennui, mais très vite, on se retrouve embarqué dans cette satire du régime totalitaire communiste et du rêve obsessionnel de certains Slovaques de devenir riches à l'instar des Européens de l'Ouest...

    L'intrigue se déroule presque à huit-clos dans un vieil hôtel de luxe de Bratislava, L'Ambassador, dans les années 1989-1990, c-a-d entre la chute du mur de Berlin et la Révolution de velours.
    D'entrée de jeu, la stupéfaction saisit le lecteur à la découverte du fonctionnement économique communiste complètement ubuesque : non seulement,Donath , le chauffagiste, effectue le travail de ses 3 autres collègues partis depuis des années en touchant un double salaire - les 2 autres payes étant partagées entre les employés de bureau - mais il travaille dans les sous-sols de l'hôtel depuis 50 ans, sans en être sorti, se donnant sans compter pour son travail, et bien sûr cette situation semble tout à fait normale au directeur qui s'indigne même de l'ingratitude de son employé modèle quand celui-ci souhaite prendre une retraite bien méritée !!  Donáth, consciencieux jusqu'au bout, promet de trouver et former son remplaçant. Le hasard le place sur le chemin de Racz , jeune paysan fruste et buté, monté en ville en vue d'amasser assez d'argent pour épouser la fille du riche boucher de son village...

    C'est à la 1ère journée d'hiver que Rácz officie seul à la chaufferie, et c'est sur une parole humiliante du directeur qu'il décide de soigner son orgueil froissé en coupant le chauffage dans tout l'hôtel. Les employés, et les clients, à tour de rôle, vont descendre dans les sous-sols offrir des cadeaux à l'ouvrier afin de l'amadouer, et lui faire ainsi prendre conscience du pouvoir qu'il détient. Peu à peu, Rácz va prendre le contrôle de l'hôtel tandis que tous lui lèchent les bottes... Tous ? non, le directeur résiste toujours et encore... mais pour combien de temps ?

    Peter Pišt'anek nous dépeint une faune hétéroclite, avide d'enrichissement personnel par n'importe quel moyen : menaces, prostitution, chantage, escroquerie, extorsion... tout est bon pourvu que l'argent se gagne facilement et rapidement... au risque de tout perdre ensuite en ayant été trop gourmand !

    Il faut dire que le tourisme sexuel, pratiqué par des Européens de l'Ouest sans vergogne, ou tout simplement le désir de passer des vacances bon marché à Bratislava, constituent une manne pour les profiteurs de tous poils !

     L'auteur aborde des thématiques sombres mais son humour dévastateur emporte tout sur son passage, tant les situations sont parfois grotesques ; elles contribuent d'ailleurs à dédramatiser la gravité de certains sujets, même si j'ai eu un pincement au cœur pour le destin sordide qui attend Silvia et Edita dans un bordel autrichien.

    Rácz, l'anti-héros du roman, est hallucinant. Son futur associé, Vidéo-Urban  (peut-être le personnage le moins antipathique) le décrit en ces termes peu flatteurs : " C'est le type le plus stupide et le plus borné que j'aie jamais rencontré. Pour l'intelligence, il en a encore moins que [ma] chaussure droite. Mais une faculté d'adaptation inimaginable. Et un prédateur. Rácz, c'est une catastrophe naturelle. Une machine à faire du fric." (pages 244-245 de la traduction française)

    Rácz est aussi ringard. C'est aussi un rustre, complètement inculte (il est persuadé que Puccini est un peintre !!), mais son ascension est irrésistible, et il finit par se faire baiser la main comme le Parrain de Coppola...

    Pour conclure, l'auteur nous offre une peinture complètement déjantée et cynique de cette micro-société avide de richesse et prête à tout pour l'obtenir. J'ai  ri à plusieurs reprises, bien que certains passages soient vraiment noirs. Rácz est vraiment un anti-héros incroyable, détestable au possible et tellement stupide, tyrannique et irréfrénable qu'il en devient fascinant...

    Rivers of Babylon de Peter Pist'anek

    Bratislava, hiver 1989-1990. Râcz, jeune paysan simple et costaud, débarque de sa province natale en vue d'amasser le petit pécule qui lui permettra d'épouser la grosse fille chaste du boucher de son village. Il se retrouve employé comme unique chauffeur d'un vieil hôtel de luxe, l'Ambassador, dont le système de chauffage repose sur d'antiques chaudières nécessitant un entretien particulier. Très vite, le jeune homme se rend compte de l'immense pouvoir que lui vaut désormais le rôle de " maître du feu ". Allumant et éteignant le chauffage au gré de ses humeurs, il soumet rapidement la masse grouillante des habitants de cette nouvelle Babylone, constituée d'une faune cosmopolite et bigarrée : service administratif corrompu, personnel servile, escrocs à la petite semaine, prostituées aux dents longues, touristes libidineux, ex-membres de la Sécurité d'Etat reconvertis en policiers corruptibles... Commence alors l'inexorable ascension du fringant anti-héros Ràcz qui, de despote violent, se mue bientôt en démiurge omnipotent. Mélange de roman de moeurs satirique, fiction politique au vitriol, conte philosophique, cette oeuvre crue et burlesque, au comique dévastateur, met le doigt sur le système perverti et corrompu qui a régné dans les pays satellites de l'URSS au lendemain de la chute du mur.

    Né en 1960, l'écrivain slovaque Peter Pišt'anek a été musicien dans un groupe de rock, a travaillé dans la publicité et a mis en ligne un magazine sur Internet. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages. Son roman Rivers of Babylon, le premier d'une trilogie, paru en 1991 en Slovaquie, a été loué pour son originalité, son inventivité et la maîtrise de son style.

    Cet anti-conte de fées post-soviétique débute au sous-sol, dans les enfers de l'Ambassador, vieil hôtel de luxe de Bratislava. C'est l'hiver 1989-1990, le système soviétique vient de s'effondrer, et Rácz, paysan pauvre et un peu simplet, s'engage comme ouvrier-chauffeur dans le prestigieux établissement. Très vite, il prend conscience de la position stratégique que lui offre la maîtrise des vieilles chaudières de l'hôtel et, mêlant avec talent chantage, brutalités et manipulations, il orchestre son irrépressible ascension. Écrasant un à un ceux qui s'opposent à lui - anciens de la police secrète, petits changeurs d'argent illégaux et autres mafieux tziganes -, l'ouvrier-chauffeur se fait le maléfique despote des lieux, jusqu'à devenir officiellement directeur, puis propriétaire de l'hôtel.

    Le récit avance à toute vitesse, sans prendre le temps de juger, de déplorer, il projette les faibles en haut, rémunère les plus vils, les fait retomber, offrant au passage une belle série de portraits satiriques hilarants : les danseuses légères côtoient Vidéo-Urban, qui se rêve artiste et deviendra réalisateur de porno, maquereau puis bras droit du tout-puissant Rácz ; Freddy-Tirelire, le gardien de parking de l'hôtel, se transforme en prophète furieux de l'apocalypse. L'image de la ruine babylonienne court évidemment dans tout ce roman excessif, burlesque et pourtant violemment réaliste : il affronte ce moment décisif de passage d'une société issue du modèle de l'URSS à une autre, d'un modèle de perversion politique à une nouvelle forme de corruption.

    Le premier tome (écrit en 1991) de cette trilogie encore inédite en France, qui a connu un grand succès en Slovaquie, rappelle la puissance narrative d'un Dos Passos. Dans ce babélien « Bratislava Transfer », le monde libéré de l'ordre communiste est pris dans un mouvement convulsif, il voit s'écrouler un peu plus les frontières du bien et du mal, au rythme des portes tambour de l'hôtel.


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  • Out

    out

    Ágoston, la cinquantaine, quitte sa famille pour s'aventurer à travers l’Europe de l’Est avec l’espoir de trouver un emploi et de réaliser son rêve : pêcher un gros poisson.

    Porté par le vent et le sel marin, il parvient en mer baltique. Son périple le plonge dans un océan d’événements et de rencontres inattendus : une femme solitaire, un Russe aux intentions hostiles et un étonnant lapin empaillé.

    Agoston, la cinquantaine, travaillait dans une usine en Slovaquie. Avait-il seulement fait autre chose avant ? Il s’est fait virer, salement, comme la plupart de ses collègues... Un discours pompeux du dirigeant pour faire passer la pilule, pour donner l’illusion que cette réalité n’a rien de violent et le voilà mis dehors : out ! Seul face à de longues journées vides, il est obligé d’imaginer une vie différente... Un leurre à poisson qui surgit d’un tiroir lui rappelle qu’il aimerait pêcher de gros morceaux. Ce souvenir sera le point de départ d’un voyage vers la mer Baltique, à travers l’Europe de l’Est, un voyage ponctué de rencontres, d’espoirs et de désillusions. Il n’est jamais trop tard et Agoston entend bien réaliser son rêve.

    Ici commence la mer et on ne sait où elle s'achève… Dans les rêves d'Agoston, peut-être ? Il ne serait pas difficile d'imaginer ce beau quinquagénaire grisonnant au regard clair dans la peau d'un marin aventurier. Mais il est des pays et des situations d'où on ne sort pas si facilement. Sa vie fut semblable à celle de tant d'autres : travail, famille, patrie… engloutissant ses jours, ne laissant nulle place à ses chimères. Le voilà donc, après des années de ce régime devenu mari normal, père normal, travailleur normal… prêt à devenir un futur retraité normal dans une Slovaquie redevenue normale (du moins indépendante et démocratique). Il en serait ainsi sans l'annonce brutale faite à l'usine par le patron à son personnel anéanti : « Malheureusement je dois renvoyer 40% d'entre vous. Ne paniquez pas. Pour prendre un nouveau départ vous devrez faire preuve de beaucoup d'énergie, de passion et de courage ! » Cynisme ou irréalisme de la part du dirigeant ?

    Agoston encaisse, tout autant abattu que ses collègues, du moins dans un premier temps. Est-ce l'intuition que son univers s'effondre en même temps que sa modeste carrière, ou la dernière phrase du discours qui va mettre le feu aux poudres ? Toujours est-il que notre homme, qui n'a plus rien à perdre, va prendre ces mots au pied de la lettre ! Et si cet incident de parcours devenait synonyme d'un nouvel envol ? Le voilà qui, bravache, décide de trouver du boulot où il y en a, loin de son foyer, en Lettonie, un pays où l'on peut, accessoirement, pêcher de gros poissons, ce qui n'est pas pour lui déplaire. Pourquoi ne pas joindre enfin l'agréable à l'utile ? Lorsqu'il consulte sa femme (incrédule) et sa fille (qui mène sa propre vie) afin d'avoir leurs avis, la première se moque, la seconde s'en moque : ni l'une ni l'autre ne semble lever le petit doit pour le retenir. Le couple se quitte donc, en se jurant volontiers qu'ils vont se manquer, pariant sur les moyens modernes de communication pour entretenir les liens tissés par tant d'années de tendre cohabitation.

    Voilà notre anti-héros parti vers des courses lointaines et un peu folles qui le mènent d'abord sur un port industriel en Lettonie. On le perçoit si frêle, comme écrasé par la grandiloquence des paysages industriels, pris dans la nasse d'un monde qui tourne comme un rouleau compresseur. C'est bel et bien là que démarrent les pérégrinations de ce bon Agoston. Pas de Chat du Cheshire ni de Reine de Cœur dans ce périple, mais quelques uns des personnages qu'il croise, tels Zeb le lapin empaillé ou une impressionnante pin up sur-botoxée, valent bien ceux du Pays des Merveilles ! Quant à certains alcools fort, ils semblent parfois faire tout autant d'effet que des fioles magiques ! Autant dire que l'on ne s'ennuie jamais en sa bonne compagnie. Et ce compère sur lequel on n'aurait pas misé une sardine, gagne peu à peu en consistance, en considération… Comme si ce petit pas de côté impensable, salutaire, l'amenait progressivement à renaître à lui-même…
    C'est croustillant d'humour, de cocasserie et de désillusion. Le tableau brossé d'une Europe de l'Est en pleine déconfiture n'est certes pas glorieux, mais cela reste un magnifique voyage où chaque prise de vue, particulièrement léchée, dévide son pesant d'anecdotes qui ouvrent sur plusieurs niveaux de lecture.

    Le charme du film tient beaucoup à la personnalité d’Agoston, joliment interprété par Sándor Terhes : derrière un visage toujours rayonnant se cache un personnage simple et bienveillant, encaissant les coups durs, accueillant les moments de grâce et les belles rencontres. Chaque événement peut mener au meilleur ou au pire et le film réussit brillamment à nous faire basculer tantôt de la légèreté à l’effroi, tantôt du sérieux à l’absurde. Les espaces sont magnifiquement filmés : que ce soit l’industrialisation des chantiers navals ou les horizons marins, tous ces paysages semblent traversés par le regard ouvert et naïf d’Agoston. Cette douce candeur court tout au long du film et lui donne une tonalité généreuse et humaniste. Les situations ne sont jamais appuyées mais toujours étonnamment justes : ce voyage est un merveilleux parcours initiatique, très touchant et dont les rebondissements ne manqueront pas de vous surprendre. Une très belle découverte qui n’est pas sans rappeler un certain cinéma grolandais !

    Coup de maître pour un premier film dans lequel György Kristóf parvient à dépeindre avec brio, en quelques plans splendides, une humanité écrasée par les éléments, quand ce n'est pas tout bonnement par elle-même


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  • Les verbes perfectifs et imperfectifs

    Les verbes perfectifs et imperfectifs


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  • En 1960, la Constitution nouvelle qu’a fait adopter Antonín Novotný* aggrave encore l’impuissance des organes slovaques, qui n’existent plus que sur le papier. Après 1963, les Slovaques entreprennent la lutte contre Novotný. Clementis et les autres condamnés étaient profondément populaires, et les Slovaques voient dans leur condamnation une forme d’oppression nationale. Dès le début de 1963, écrivains et historiens critiquent la déformation du passé. À Prague, une commission spécialement constituée par le parti, la Commission des Barnabites, réclame la réhabilitation des « nationalistes bourgeois ». En avril 1963, Novotný doit accepter le remplacement du premier secrétaire du parti slovaque, Karol Bacílek, par Alexander Dubček*. Toutefois, en juin 1963, dans un discours prononcé à Košice, Novotný réaffirme la justesse des condamnations prononcées pour le nationalisme bourgeois. Mais, le 21 septembre 1963, il doit se séparer de son Premier ministre, Široký, détesté par les Slovaques, et le remplacer par Jozef Lenárt (né en 1923), qui est le président du Conseil national slovaque. En août 1964, le vingtième anniversaire de l’insurrection slovaque est marqué par des cérémonies officielles et par le rétablissement de la vérité historique.

    Le mécontentement des Slovaques n’est pas seulement politique ; le déséquilibre économique subsiste. L’économie slovaque a fait des progrès — en 1965, elle présente 20,7 p. 100 du total de l’économie tchécoslovaque (contre 13 p. 100 en 1948) —, mais les revenus slovaques de 1968 sont l’équivalent du revenu tchécoslovaque en 1958. Des critiques s’élèvent contre la gestion trop centralisée de l’économie.


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    Le triomphe du parti communiste tchécoslovaque en 1948 entraîne un déclin rapide des institutions slovaques. Klement Gottwald* introduit dans le pays un modèle stalinien centralisé. La Constitution de mai 1948 enlève aux organismes slovaques tout pouvoir réel, ne leur laissant plus qu’un vague droit de contrôle sur les affaires scolaires et l’organisation de la santé. Les commissaires slovaques sont désormais nommés et remplacés par le gouvernement de Prague. Le 26 juillet 1948, le parti communiste slovaque perd toute autonomie.

    Gottwald est très méfiant envers les Slovaques. Il accorde une pleine confiance à Viliam Široký (1902-1971), qui, dès septembre 1948, critique le « nationalisme bourgeois » slovaque. Il est hostile aux communistes slovaques qui ont émigré à Londres pendant la guerre, comme démentis, ou aux hommes de la résistance intérieure, comme Gustáv Husák (né en 1913). Dès mars 1950, des attaques sont lancées contre Clementis, qui est ministre des Affaires étrangères ; en avril 1950, la liste des « nationalistes bourgeois slovaques » est prête. Le IXe Congrès du parti communiste slovaque les exclut de leurs fonctions en mai 1950.

    Clementis est condamné à mort avec Slánský et tous deux sont exécutés en 1952. En avril 1954, c’est la condamnation des « nationalistes bourgeois » : Husák est condamné à la prison à vie, Novomeský à seize années. Tout le passé de la Slovaquie est condamné avec eux. Le mouvement communiste Dav de l’entre-deux-guerres, l’insurrection slovaque de 1944 ne peuvent être que trahisons puisque leurs chefs étaient des traîtres.


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    Par le programme du gouvernement publié à Košice, en Slovaquie orientale, le 5 avril 1945, Beneš abandonne le tchécoslovaquisme. Le Conseil national slovaque aura le pouvoir législatif pour la Slovaquie ; l’exécutif sera exercé par les commissaires slovaques. À l’origine, le parti communiste souhaite utiliser à son profit l’autonomie slovaque, mais les élections de 1946 sont pour lui une déception ; il n’obtient que 30 p. 100 des voix, alors que le parti démocrate (Jan Ursiny, Josef Lettrich) rassemble 62 p. 100 des suffrages. Dès lors, le parti communiste se montre méfiant envers l’autonomie slovaque.

    En novembre 1947, il profite des désaccords entre l’aile catholique et l’aile luthérienne du parti démocrate pour réaliser un coup d’État. Par des manifestations ouvrières et paysannes, il impose le remaniement du Conseil des commissaires slovaques. Le parti démocrate perd la majorité par l’entrée de spécialistes et de membres de petits partis. Mais les communistes ne contrôlent pas avant février 1948 la situation en Slovaquie.


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    Après les accords de Munich, le parti populiste réclame les 5 et 6 octobre 1938, à Žilina, un projet plus avancé. Le gouvernement tchèque cède le 7 octobre, et Mgr Tiso préside le premier gouvernement slovaque autonome. Mais la Hongrie menace l’intégrité nationale slovaque. Le 2 novembre 1938, par l’arbitrage de Vienne, elle annexe Komárno à l’ouest, et Košice à l’est. Le 8 novembre se forme un parti unique, le parti de l’unité nationale slovaque, qui, aux élections de décembre 1938, a 97,5 p. 100 des voix.

    Le gouvernement de Prague tente de réagir. Les 9 et 10 mars 1939, il chasse le gouvernement Tiso pour le remplacer par un gouvernement Sidor, plus modéré. Mais Hitler intervient : le 13 mars, il convoque Tiso à Berlin et lance un ultimatum. La Slovaquie devra se déclarer indépendante avant le 14 mars à midi, sinon elle sera annexée à la Hongrie. Ainsi, la Slovaquie devient, par un diktat hitlérien, un État indépendant. Cette indépendance est toute théorique, car un accord du 23 mars 1939 fait passer l’État slovaque nouvellement créé sous protectorat allemand.

    L’État slovaque est plus autoritaire, clérical et traditionaliste que fasciste. Son aile fascisante, l’organisation paramilitaire qui porte le nom de garde de Hlinka, est tenue à l’écart du pouvoir.

    Au début, le nouveau régime trouve un écho favorable dans l’opinion. Les fonctionnaires tchèques sont expulsés, la slovaquisation de l’administration permet de distribuer des places ; l’aryanisation des biens appartenant à la communauté juive (136 000 en 1930) donne aux Slovaques le contrôle du commerce et des affaires. L’Étal slovaque profite à ses débuts d’une prospérité économique inattendue. Pays en paix dans une Europe en guerre, il peut exporter à haut prix ses produits agricoles et ses matières premières. L’industrie se développe, et les travailleurs slovaques vont travailler dans le Reich. Le chômage disparaît. Le régime n’est pas brutal : il n’y a pas de terreur et on ne connaît aucune exécution d’opposants avant août 1944. Seule la minorité juive, touchée par la loi du 10 mai 1939, est expulsée vers le Reich. Cette politique reste modérée jusqu’en 1942 ; elle ne s’aggravera qu’avec le gouvernement Tuka.

    Mais la situation se détériore après 1941. L’État slovaque a été contraint d’entrer en guerre contre l’U. R. S. S., ce qui provoque de nombreuses désertions sur le front et le mécontentement des cadres dirigeants de l’armée. En même temps, la pression allemande fait disparaître les dernières illusions d’indépendance. En 1942, l’Allemagne contrôle 51 p. 100 des entreprises slovaques.

     

    Le gouvernement tchécoslovaque de Londres pourrait utiliser ce mécontentement. Mais il reste fidèle au tchécoslovaquisme et se donne pour programme la restauration de l’État dans la situation et les frontières d’avant 1938.

     

    À la fin de 1943, un Conseil national slovaque est créé par différents groupes : protestants du parti démocrate, socialistes et communistes. Certains de ces communistes sont des délégués de la direction du parti à Moscou, comme Karol Šmidke ; d’autres sont des communistes locaux, comme l’avocat Gustáv Husák ou le poète Laco Novomeský. Le Conseil a confié la direction militaire au colonel Jan Golian.

    En août 1944, lorsque les Russes approchent des Carpates, l’insurrection slovaque éclate. Aux forces de la résistance intérieure se joint la plus grande partie de l’armée régulière, avec le général F. Čatloš. Beneš envoie de Londres le général R. Viest pour prendre la tête de l’insurrection. Mais, dès le 29 août, les Allemands pénètrent en Slovaquie et, en deux mois, ils réoccupent le pays, s’emparant le 27 octobre de Banská Bystrica, capitale de l’insurrection. La répression est brutale. Seules subsistent des unités isolées de partisans, qui aident, au printemps de 1945, les troupes soviétiques à libérer la Slovaquie


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  • Ainsi se trouvent unis deux peuples séparés par l’histoire depuis le xe s. Il y a un profond déséquilibre économique entre les pays tchèques industrialisés (35 p. 100 de population active agricole, 40 p. 100 d’ouvriers d’industrie) et la Slovaquie agricole (60 p. 100 d’agriculteurs, 19 p. 100 d’ouvriers). À cela s’ajoute une totale incompréhension psychologique. Les Tchèques imposent le « tchécoslovaquisme », l’idée d’une nation unique et centralisée dirigée de Prague. Le tchèque est la seule langue d’État. De 1918 à 1920, 70 000 Tchèques ont été envoyés en Slovaquie pour y servir comme militaires et comme employés des services publics. Ils sont 120 000 en 1930. La part des Slovaques est très faible dans la haute administration, et l’intelligentsia slovaque se sent défavorisée.

    Dans la vie politique slovaque, on trouve d’abord les centralistes, partisans du gouvernement de Prague. Leurs chefs sont Vavro Šrobár (parti national slovaque et agrarien), qui dissout le Conseil national slovaque dès janvier 1919, et le social-démocrate Ivan Dérer. Les centralistes se recrutent surtout dans la minorité luthérienne, qui représente à peine 20 p. 100 de la population : d’où un sentiment de frustration de la majorité catholique.

    Le parti populiste (Lúdová strana) de l’abbé Hlinka se réorganise en décembre 1918. Sa direction idéologique est entre les mains d’intellectuels hostiles aux Tchèques, soupçonnés par leurs adversaires d’être des Magyarons, de tendance probourgeoise. Le programme officiel du parti, présenté dans le mémorandum de Vojtech Tuka (1880-1946) en janvier 1922, réclame l’autonomie au nom des accords de Pittsburgh. De 1920 à 1935, le parti obtient environ 32 p. 100 des voix aux élections, plus que le parti national de Šrobár. En automne 1925, après un succès électoral, il entre dans le gouvernement de l’agrarien tchèque Antonín Švehla (1873-1933) avec deux ministres ; il se montre loyaliste en 1927 lors des revendications irrédentistes de la Hongrie. Mais Tuka est condamné le 5 octobre 1929 à quinze ans de prison pour avoir réclamé l’indépendance de la Slovaquie. En protestation, le 8 octobre 1929, le parti populiste se retire de la coalition et fait échouer le projet de formation d’un vaste bloc catholique, ce qui lui vaut l’hostilité du Vatican.

    Les années 1930 accentuent les désaccords. Dès 1920, l’industrie slovaque avait reculé devant la concurrence tchèque, et le quart des usines avait dû fermer. La crise économique provoque la mévente des produits agricoles : de 1931 à 1936, la vente des produits agricoles baisse de 70 p. 100. Il y a 300 000 chômeurs recensés, mais surtout une forte surpopulation agricole. Après 1935, l’industrialisation reprend grâce à l’évacuation en Slovaquie des industries de guerre. Mais, en 1937, la Slovaquie compte seulement 15 p. 100 d’ouvriers de plus qu’en 1914.

    Le mécontentement économique se marque sur le plan politique. Le parti communiste recrute surtout ses adhérents parmi les travailleurs agricoles et dans les minorités hongroise et ruthène. Il ne contrôle que de 6 à 10 p. 100 des électeurs dans les régions purement slovaques. Une nouvelle génération de jeunes intellectuels anime après 1924 la revue Dav, avec Vladimir Clementis (1902-1952), mais elle se montre hostile à l’indépendance, qui livrerait la Slovaquie à la réaction. Le parti communiste élabore en 1937 à Banská Bystrica un programme de réformes économiques pour la Slovaquie, mais ne rencontre guère d’audience.

    Le mécontentement joue en faveur de l’autonomisme. Un bloc autonomiste réunit les populistes et le parti national slovaque du pasteur M. Rázus. Le 13 août 1938, les autonomistes troublent des cérémonies officielles organisées à Nitra pour le onzième centenaire de la christianisation de la Slovaquie. Une trêve semble intervenir en 1935 lors de l’élection de Beneš à la présidence de la République. Un agrarien slovaque, Milan Hodža, occupera jusqu’aux accords de Munich (1938) la présidence du Conseil.

    Mais, dans le parti populiste, la nouvelle génération est plus nationaliste que cléricale. Avec K. Sidor, certains recherchent l’appui financier et politique de la Pologne de Józef Beck. En 1936, les jeunes, enthousiastes des régimes autoritaires, écartent les motions des prélats modérés (Mgr Tiso). Ils sont prêts à former, avec les Sudètes de Konrad Henlein (1898-1945), un front uni des minorités contre le gouvernement de Prague. Après la mort de l’abbé Hlinka en août 1938, la direction du parti passe à Mgr Tiso. Le 22 septembre 1938, le projet d’autonomie proposé par Beneš renforce les modérés.


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  • Lorsque L’udovít Štúr (1815-1856) eut créé la langue littéraire slovaque sur la base du dialecte central, secondé dans ce travail par Michal Mihoslav Hodža (1811-1870) et par Jozef Mihoslav Hurban (1817-1888), le premier à utiliser le slovaque dans le second volume de l’almanach Nitra en 1844, on vit immédiatement fleurir une poésie nationale de très haute qualité. Deux épopées patriotiques, Marína (1846) et Detvan (1847), ont immortalisé Andrej Sládkovič (1820-1872), qui s’inspire de Pouchkine et de Kollár, non sans originalité. Janko Král’ (1822-1876) fait figure de héros national du fait de sa participation aux luttes révolutionnaires de 1848. Personnalité farouche et énigmatique, il se sent proche du peuple des montagnards et des forestiers slovaques, dont il utilise les chants et les légendes dans des vers d’une grande beauté. Jan Botto (1829-1881) s’inspire de Mácha lorsqu’il décrit la mort du brigand Jánošík dans son fameux poème lyrico-épique Smrt’ Jánošíkova (1862). Mais le véritable créateur de la langue poétique, Pavol Hviezdoslav (1849-1921), n’appartient déjà plus à la génération romantique. Admirateur et émule de Sládkovič, il écrit ses deux œuvres épiques majeures, Hájnikova žena (la Femme du garde-chasse, 1886) et Ežo Vlkolinský (1890), dans un style réaliste auquel se mêlent des échos du chant populaire. Ses emprunts à plusieurs dialectes slovaques ont définitivement enrichi le vocabulaire poétique. Son contemporain Svetozár Vajanský Hurban (1847-1916) décrit en romantique attardé la nature slovaque et les souffrances de son peuple.

     

    La génération symboliste a donné à la Slovaquie son plus grand poète lyrique avec Ivan Krasko (1876-1958), mais les talents sont si nombreux dans cette jeune littérature qu’on hésite à dresser un palmarès : citons cependant Janko Jesenský (1874-1945) et Martin Rázus (1888-1937).

     

    Le fondateur du roman est Jan Kalinčiak (1882-1871), dont le chef-d’œuvre, Reštavrácia (1860), est une peinture réaliste du milieu des hobereaux slovaques. Mais le plus grand prosateur est assurément Martin Kukučín (1860-1928), qui vécut surtout en Yougoslavie et en Amérique. On lui doit le premier roman slovaque de quelque dimension et de quelque profondeur psychologique avec Dom v stráni (la Maison sur la pente, 1904). Les prosateurs contemporains les plus remarquables sont Timrava (Božena Slančíková, 1867-1951) et Milo Urban (né en 1904), dont le roman Živý bič (le Fouet vivant, 1927), sur la Première Guerre mondiale, est sans doute la meilleure œuvre slovaque en prose d’entre les deux guerres.

     

    Le théâtre slovaque n’a guère produit d’œuvres vraiment brillantes. Les meilleures productions restent les comédies écrites entre 1850 et 1860 par Jan Palarík (1822-1870).

     


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